SACRI MONTI : Incroyables Dioramas !

♥️ARTISTIC♥️

J'ai eu la chance de visiter par deux fois des lieux très singuliers situés dans le Piémont en Italie et assez peu connus, et je voudrais vous livrer ici cette expérience de visite et quelques photos.

Les Sacri Monti du Piémont et de Lombardie sont des domaines religieux installés dans de grands parcs naturels, composés de groupes de chapelles dispersées.
Erigés entre le XVe et le XVIIIe siècle, ils mélangent architecture, sculpture et peinture.
Dans chaque chapelle est minutieusement représentée une scène religieuse, dans laquelle les personnages principaux sont sculptés et peints presque en taille réelle, avec en arrière plan un décor et d'autres personnages peints qui participent à l'action.
Il faut un moment parfois pour distinguer ce qui est peint ou en volume ! 
 Et détail plus troublant, les cheveux des sculptures sont de vrais cheveux, donnés par les villageois.

La Pièta

J'ai fait quelques recherches , et il y a très peu d'oeuvres qui rassemblent ainsi sculptures et peintures. 

On retrouve de tel montages pour figurer des crèches ou des épisodes de la vie des martyrs dans les églises, mais aussi dans les musée d'histoire naturelle ou d'ethnologie. On appelle cela des DIORAMAS. 


J'ai vu aussi à Bombay un Diorama sur la vie de Gandhi, en lien un article détaillé sur le musée qui lui est consacré :


Un article intéressant sur les Dioramas sur le site ACADEMIA.EDU :


C'est Bernardino Caìmi, un moine franciscain qui, à son retour de Terre sainte en 1478— où il avait été gardien au du Saint-Sépulcre - constatant la menace que faisaient peser les Turcs alors maîtres du pays sur la sécurité des pèlerins chrétiens eut l'’idée de reproduire fidèlement en Italie les lieux saints de Palestine afin d’offrir aux pèlerins une Terre sainte miniature où ils pourraient se rendre plus facilement et sans le danger du voyage. Caìmi entraîna par son éloquence les habitants de Varallo à transformer la petite montagne voisine de la ville en une nouvelle Jérusalem.

Le Sacro Monte de Varallo est en quelque sorte une réinvention des lieux saints de Palestine, mettant en scène de façon spectaculaire la vie du Christ dans une Palestine recréée au pied des Alpes italiennes.L’ensemble de Varallo devint par la suite un modèle pour les nombreux Sacri Monti qui fleurirent en Italie,et qui furent érigés aussi plus tard pour combattre l'influence de la Réforme protestante, en une sorte d'expression concrète de l'enseignement religieux catholique.


Une petite Jérusalem reconstituée sur le sommet du Mont, disposée comme une ville : des immeubles, des arcades, les places du Temple et du Tribunal,



Chaque scène est protégée du public par un grillage assez fin, ce qui rend les photos malaisées !

Mais cela participe au mystère que de coller son nez au grillage pour balayer la scène entière.

La Basilique de l’Assunta, au centre du complexe sacré, représente le point d’arrivée idéal du pèlerin.

On monte au Sacro Monte de Varallo en quart d’heure, à l’ombre d’arbres magnifiques par un chemin pavé et couvert de verdure. Sur la montagne et ses versants se trouvent une grande église et 45 chapelles ou oratoires disséminées dans la verdure. Dans chacune de ces chapelles, sur un fond de décor de fresques, des statues en bois, en terre cuite ou en stuc, de grandeur naturelle et peintes, représentent les principaux épisodes de la vie du Christ. Par exemple, l’arrivée des Rois mages, le baptême de Jésus, la Cène, l’»Ecce Homo » au palais de Ponce Pilate etc. 

Le massacre des Innocents

Prenant le relais des pèlerins, les touristes vinrent dès le XIXe siècle à Varallo, et le Sacro Monte figure en bonne place dans les guides Bædeker dès les premières éditions. En 1867, Auguste Demmin, qui publie un Guide de l’amateur de faïences et porcelaines le décrit ainsi :

« La grande église et les quarante–quatre chapelles, construites sur la cime de cette curieuse montagne de Sacro Monte qui a la forme d’un gros dé à coudre de tailleur d’habits, contiennent un millier de figurines, de statuettes et de statues, dont plusieurs équestres, la plupart de grandeur naturelle et toutes en terre cuite, et peintes à fresque. C’est l’œuvre de plusieurs pléiades d’artistes qui s’y étaient établis successivement durant cent cinquante ans, à seule fin de poursuivre l’achèvement de cette immense galerie sacrée et biblique. 

Les chapelles sont aussi remplies de statues de marbre et de bois, et ornées d’un grand nombre de belles peintures et de dorures ; le tout exécuté par des maîtres renommés. 
La première et la meilleure série des statues en terre cuite, est due aux élèves et contemporains de Leonardo da Vinci de Firenze (1432–1519) et de Raphaël Sanzo d’Urbino (1483– 1520), tels que Gaudenzio Ferrari (1525), aussi habile peintre que sculpteur et modeleur, qui introduit le style de Raphaël dans la Lombardie, et son élève Ferma Stella. Après eux, il faut nommer : Giacomo Bargnola, dit Valsolda ; Ravello di Campertagno ; Gaudenzio Saldo dit Camasco, élève de Dionigi Bussola ; Giuseppe Arigoni, de Milano ; Antonio Tandarini, dit Valsassina et le plus fécond de tous, l’auteur du plus grand nombre des statues, Giovanni d’Enrico, mort en 1644, et son élève Giacomo Ferro.  

Les chefs–d’œuvre en terre cuite du Sacro Monte valent à eux seuls un voyage en Italie. »

Après Varallo furent bâtis les monts sacrés de Crea, Orta, Varèse, Oropa, Ossuccio, Ghiffa, Domodossola et Valperga. 

 S'ils suivaient au départ certaines règles élémentaires, ils développèrent au fil de leur construction des aspects artistiques et architecturaux propres. 

 Les Sacri Monti sont dédiés non seulement au Christ mais aussi au culte de la Vierge Marie, des saints, de la Trinité et du Rosaire. 

 Une bande dessinée avant l’heure, pour éduquer les habitants souvent illettrés sur les épisodes de la bible. 

Un parcours mystique et immersif dans lequel le fidèle pouvait participer de manière active. 

 On y rencontre peu de pèlerins aujourd'hui et seulement quelques touristes, et c'est un des charmes de leur visite que cette solitude bucolique et artistique.Après Varallo, j'ai visité aussi Orta, où vingt chapelles racontent la vie de saint François d’Assise.

Le lac d'Orta et l'ïle San Giulia

Voici un extrait signé François Xavier de Villemagne qui parle si bien de Varallo : 

(et je vous recommande son blog et ses récits de voyageur !)


" L'âme est saisie et emportée par la représentation à la fois vériste, inventive, pittoresque, virtuose, irréelle, incarnée, et par les échappées du décor en trompe l’œil et les personnages en terre cuite qui jaillissent au premier plan avec une vérité et une présence inouïes : les cordes qui descendent par le toit le grabat du paralytique devant Jésus, Lazare qui se lève de son tombeau, et Zachée dans son arbre postiche qui se détache de la foule peinte sur le mur du fond. Au bonheur agreste du paradis terrestre, à la douceur intimiste des premières scènes comme l’Annonciation ou la Nativité succèdent l’exubérance baroque du massacre des Innocents, de la Transfiguration ou de l’Ecce Homo au palais de Ponce Pilate, l’élégance vénitienne de la Cène, la violence du crucifiement, l’écroulement des espérances lors de la descente de la Croix ou la sérénité de l’ange devant le tombeau ouvert au matin de Pâques.La variété des styles entre les premières chapelles qui datent de la fin du XVe siècle et les dernières du XVIIe siècle aboutirait à un assemblage disparate si partout n’éclatait à travers leurs œuvres la foi des artistes - sculpteurs, peintres, modeleurs, bâtisseurs - qui unifie l’ensemble ad majorem Dei gloriam. Loin de la splendeur initiale, la peinture écaillée de nombreuses statues ajoute aux scènes un cachet suranné et mélancolique qui s’accorde avec la réalité contemporaine de la foi catholique en Occident."

Mes photos ont été prises à Varallo et à Orta. 

J'ai aussi visité Oropa, plus austère, mais il faisait très gris ce jour-là et je n'ai pas pris de photos. 

Je vous recommande de passer des vacances dans cette région, autour du lac d'Orta en particulier, on y trouve tout tout le charme de l'Italie sans la chaleur et la foule de l'été...


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